Range Sport TD V8 (2006-2010)


Le Range Rover a été pionnier en matière de 4×4 de luxe.

 

Le Range Rover a été pionnier en matière de 4×4 de luxe. Mais la concurrence s’est depuis largement développée et a obligé ce véhicule de légende à évoluer. D’où l’existence de ce Range Rover Sport TDV8 HSE.

Même si la crise s’installe dans le milieu automobile, les 4×4 de luxe ont un certain succès. Les limitations de vitesse dans les pays occidentaux en sont une cause. Mais il y a aussi les marchés émergents, qui ont encore un réseau routier insuffisant mais un certain nombre de clients avides de luxe. C’est ainsi que la demande a créée l’offre. Le Range Rover était seul sur le marché il y a 30 ans, tandis que la plupart des constructeurs de prestige ont maintenant à leur gamme un modèle concurrent.
Du coup, Land Rover a lui aussi multiplié l’offre en la matière et a dédoublé sa gamme de véhicule de prestige : un Range Rover statutaire, noble, vaste et luxueux, et un Range Rover Sport plus compact, plus racé et plus sportif. Ce dernier est basé sur la plate-forme, plus compacte et plus moderne, du Discovery III. Nous vous laissons juger du look. Pour notre part, nous le trouvons absolument parfait. La finition extérieure est bonne, même si nous avons quelques doute sur la tenue dans le temps des câblages électriques visibles dans les ailes arrière, à proximité des roues.
Le Range Rover Sport accueille sous son capot un V8 à compresseur Jaguar et un TDV6 issu de l’association PSA-Ford, déjà vu sous un certain nombre de capots (407, 607, C5, C6, Discovery, S Type, XF…). Mais Land Rover ne fait pas qu’utiliser les moteurs des autres, il dispose d’une exclusivité : un moteur TDV8. Un 3.6 litres à 32 soupapes, rampe commune, deux turbocompresseurs à géométrie variable… De quoi développer 271 chevaux et 65.3 mkg à 2000 tr/min… Des chiffres comparables à ceux du BMW X5 3.0sd, le concurrent désigné. Du coup, le V8 4.4 (d’origine Jaguar) carburant à l’essence a disparu du catalogue.
Pour relayer la cavalerie, pas moyen de passer outre la boite automatique, toutes marques confondues… Il faut dire qu’on ne voit pas quelle boite mécanique pourrait passer un tel couple. Mais Land Rover ne nous a pas mis n’importe quoi dans les mains. L’unité 6 rapports ZF est de la dernière génération, et cela se sent à sa gestion adaptative particulièrement intuitive. Que ce soit en conduite normale ou en mode Sport, la boite réagit toujours fort à propos, notamment au rétrogradage: un vrai révélateur d’une bonne gestion de boite.
Avec tout ceci, les performances ne peuvent qu’être excellentes. Sauf que le bébé bat des records en terme de masse: comptez dans les 2.7 tonnes à vide ! Certes, le Range Rover Sport est capable de 210 km/h en pointe et n’a pas grand mal à les atteindre. Mais les accélérations chronométrées sont en dessous de ce que l’on attendrait, et de ce qu’on ressent à bord: comptez 9.4 secondes pour accrocher les 100 km/h et 31.7″ pour parcourir le kilomètre départ arrêté. Cela dit, ces chiffres sont largement suffisants. On ne sent à aucun moment le poids du bestiau et au volant, ça pousse velu en permanence.
271 chevaux dans un 4×4, c’est sympa en sortie de péage, mais ça reste une performance gratuite si la tenue de route ne suite pas. Et là… Land Rover a mis le paquet: le système Dynamic Response qui maintient la caisse à plat dans les virages, les énormes freins Brembo de la version V8 S/C, et 4 énormes roues en 255/50 R19. Notre version d’essai chausse, elle, carrément du 275/40 R20. Le résultat est que la tenue de route est vraiment sidérante pour un tel engin. On ne sent aucune inertie ! Ainsi, nous nous sommes retrouvés à courser des voitures sportives sur les routes du Verdon sans aucun problème. Les freinages sont impressionnants, et surtout endurants. Il a vraiment fallu un certain nombre de freinages appuyés pour les faire fumer, sans en entamer l’efficacité.

Un Range Rover, c’est avant tout du confort. Mais en reste t’il avec un châssis aussi affûté ? La réponse est oui, sans aucun doute. Le cuir épais, les nombreux équipements comme les fauteuils chauffants à réglages électriques, les prises audio indépendantes pour les passagers arrière, tout est fait pour que les occupants se sentent bien. Le GPS à écran tactile est identique à celui de l’on trouve chez Jaguar, mais aussi chez Toyota. Très agréable, il autorise la manipulation en roulant contrairement à Toy, ce qui permet de ne pas s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence lorsque votre moitié a besoin d’y toucher. La finition n’appelle pas de critique particulière. La suspension pneumatique est très prévenante et le moteur ne laisse entendre que la sonorité agréable du V8, rien de plus. Ca, c’est presque dommage… Mais l’élément le plus important de l’intérieur ne se chiffre pas, et il ne se prend pas en photo : c’est l’ambiance à l’anglaise, inimitable.
Pendant longtemps, le Range Rover a été la référence en matière de tout-terrain, qu’en est-il à une époque où tout le monde ou presque se fiche des capacités en franchissement de son véhicule ? Sur piste, la suspension pneumatique fait des merveilles : le Range vire à plat, la gestion de la motricité est excellente, tandis que le couple ABS/ESP laisse l’apprenti-pilote jouer et faire glisser son gros jouet. Le couple et la boite auto font le reste… A plusieurs reprises, la suspension a refusé de faire varier la garde au sol. Le compresseur apprécierait-il mal la piste rapide ? Dans un tel cas, il faut redémarrer le Range, comme s’il s’agissait d’un ordinateur qui venait de planter ! En dehors de ça, le seul point faible viendra des pneus : les gros freins Brembo imposent des jantes de 19 pouces minimum, et les passages de roues obligent du coup à employer des pneus aux flancs vraiment bas. Génial sur la route, mais plus fragiles loin du goudron.
Passons maintenant au franchissement pur. Il faut oser, avec un véhicule aussi beau et d’un tel prix. Les angles d’attaque et de sortie sont très bons, et seul l’angle ventral (châssis long oblige) sera limité. Et encore, puisque la suspension pneumatique peut augmenter la garde au sol jusqu’à 227 mm (enfin… quand elle ne fait pas un caprice !). Activer la réduction modifie le fonctionnement de la suspension : l’antiroulis (Dynamic Response) est mis hors service afin de favoriser au maximum les croisements de pont. Et en la matière, il faut reconnaître que le Range est un sacré client. Notre véhicule de référence, un HDJ80, a eu toutes les difficultés du monde à le mettre en défaut. Il nous a fallu pas mal d’essais avant de réussir à lui faire lever la patte pour les photos. Seule la garde au sol de 227mm a été son point faible. Dommage, quand on sait que l’autre Range Rover de la gamme est capable de 280mm… De son côté, le système Terrain Response reste toujours aussi bluffant. Sans avoir l’air d’y toucher, il jongle avec la sensibilité de l’accélérateur, la garde au sol, le niveau de blocage des différentiels central et arrière et la gestion de l’antipatinage. Sur un terrain, le Range Rover Sport n’assure pas le spectacle car il passe partout sans jamais avoir l’air de forcer mais il laissera derrière lui pas mal de franchisseurs réputés. Il faut le voir pour le croire !
Avec tant de qualités, il ne fallait pas espérer de cadeau de la part du constructeur et en effet, le Range Rover Sport n’est pas bradé. Au catalogue, n’espérez pas vraiment vous en tirer à moins de 70.000 euro ! Mais en contrepartie, tout ou presque est livré de série. C’est bien le minimum, quand on sait que le X5 équivalent (certes stérile une fois le goudron quitté) s’affiche quelques 11.000 euro moins cher !
Mis à part son tarif et l’impossibilité d’avoir une monte pneumatique autre que routière, le Range Rover Sport n’a que des qualités une fois qu’il s’équipe du TDV8. Il démontre également qu’il est possible d’être impérial à la fois sur route et en tout-terrain. Si la fiabilité suit, ça sera un objet très convoité, même en occasion.